La vie en blanc et noir

el-limonero-real

Dans une famille de paysans marginalisés, vivant au bord du fleuve Paraná en Argentine, un homme et une femme endeuillés par la mort de leur fils unique sont invités à fêter le nouvel an. C’est pour eux une épreuve de se confronter au bonheur des autres, ravivant l’absence et la tristesse. Gustavo Fontàn a réalisé une adaptation du livre El limonero Real de San José Saer paru en 1974. Dans le respect de l’écriture de l’auteur, il  transpose en images et en sons son univers poétique, racontant combien il est difficile pour un couple de se relever de la disparition de leur enfant. L’allégorie de la mort est mise en scène grâce à des jeux d’ombres et de lumières. Passant alternativement du blanc de la chemise de l’homme au noir de la robe de la femme, le réalisateur dessine un univers contrasté. Empreint d’une forme de réalisme magique, son monde s’anime alors de métamorphoses saisissantes. Les branches des arbres en clair-obscur esquissent ainsi à plusieurs reprises la silhouette de la faucheuse. Comme une hantise, elle s’incarne encore par l’image obsédante de cette vieille femme ridée, émaciée et édentée aux cheveux argentés. L’ensemble crée un univers visuel qui dispense de dialogues. Le film n’est pas, pour autant, silencieux. Chaque bruitage de la nature est magnifié comme dans une volonté d’accompagner en écho la douleur cachée des personnages : le bruissement des feuilles, le sifflement des insectes, le grondement de l’orage, le chant des oiseaux, le clapotis de l’eau. Gustavo Fontàn orchestre une partition kinesthésique magistrale qui dit l’affliction des personnages mais qui à travers la scène emblématique de la cueillette du citron, exprime aussi le cycle de la vie.

el-limonero-real

Film En Compétition
El Limonero Real
Gustavo Fontán
Argentine
2016
Drame
73′