La traduction au service du F3C

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Mal connus, parfois peu considérés, les traducteurs sont pourtant un rouage essentiel pour la bonne tenue d’un festival international.

« Un festival international sans traducteurs, ça ne fonctionne pas ». Léa Le Dimna est bien placée pour le savoir : elle travaille avec le Festival des 3 Continents depuis plus de dix ans. Traductrice freelance du japonais au français, elle est la seule de l’équipe avec cette combinaison linguistique.

La difficulté est de mobiliser et synchroniser un collectif de traducteurs indépendants qui ne travaillent pas ensemble en-dehors du festival. Mais ce rendez-vous annuel est toujours un plaisir pour la traductrice. « D’habitude, c’est plutôt un travail solitaire, alors les retrouvailles constituent un bon moment ». Les traducteurs doivent composer avec leurs autres projets, et se retrouvent souvent dans le rush au moment de terminer leur travail pour le F3C. « Des films arrivent dès septembre, mais pour la majorité c’est plus fin octobre (le festival débute le 22 novembre). Ça dépend du distributeur et des ayants droits ». Chargée du sous-titrage du film en compétition Destruction Babies, Léa nous avoue que tout n’était pas encore finalisé à quelques jours de la première projection.

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« On reçoit la vidéo, une liste de dialogues, et les sous-titrages anglais s’ils existent. Si c’est le cas, on les garde et on ajoute un bandeau en français. Beaucoup d’invités ne sont pas francophones et c’est le seul moyen pour eux de comprendre les films ». Les sous-titres en anglais donnent au traducteur un matériau supplémentaire pour traduire vers le français. Cela permet d’avoir le point de vue d’un autre professionnel, qui partage une langue et une culture plus proche.

Transposer parfaitement le japonais en français est parfois impossible. Certaines références géographiques ou culturelles doivent être adaptées pour être comprises par le public. Autre difficulté, la structure des phrases diverge. En japonais, le verbe est indiqué à la fin. Il faut donc attendre avant de comprendre l’action. En français, il faut renverser ce schéma, le sous-titre est alors décalé avec le dialogue à l’écran. « L’important est de restituer le sens. Dans l’idéal, on peut communiquer avec le réalisateur pour comprendre au mieux son message. Mais ce n’est pas toujours possible ».

« Il y a toujours des choix à faire, on doit poser notre regard sur le film. Il faut faire appel à sa sensibilité. Le sous-titrage est une vraie production créative », estime-t-elle. « Le plus dur à restituer, c’est l‘humour. Traduire un jeu de mot, c’est un vrai défi! » Elle ne comprend d’ailleurs pas le préjugé selon lequel la traduction ne demande pas d’effort, qu’il suffit d’être bilingue et que tout est facile. « Parler une langue, c’est aussi refléter sa culture. Il faut s’informer, suivre l’actualité, comprendre les enjeux géopolitiques ». Un véritable travail en amont pas toujours reconnu à sa juste valeur.