Le poète a disparu

solo-solitude

Juillet 1996, des émeutes éclatent sur l’île de Java, en Indonésie. Un célèbre poète et quelques activistes sont aussitôt désignés par le gouvernement Suharto, régime dictatorial et corrompu, comme étant les instigateurs de la révolte. Solo, Solitude retrace les derniers moments de vie connus de Wiji Thukul, contraint de s’exiler à Bornéo en laissant sa famille derrière lui. Le fugitif erre alors de maison en maison, d’identité en identité, sans que la poésie ne le quitte. Il continue d’écrire son quotidien, fait d’incertitudes et d’errance.

Loin du classique biopic chronologique, le jeune Yosep Anggi Noen s’est emparé librement d’un moment de vie du poète afin d’en livrer sa propre perspective. Son second long-métrage présente peu d’habillage sonore, si ce n’est une voix grave en off, récitant les poèmes engagés de Wiji. Solo Solitude prend parfois des allures de documentaire. Comme un clin d’oeil aux caméras de surveillance, des plans larges et fixes suggèrent que les personnages sont en permanence surveillés. Dans une interview accordée au Rolling Stone indonésien, Yulia Evina Bhara, la productrice, explique que ce film est dédié à la jeune génération. Face à l’amnésie des livres d’Histoire et à la fréquente auto-censure des artistes du pays, il devient alors nécessaire de poser les mots sur cette rupture brutale qui a laissé derrière elle une société qui s’interroge. Solo, Solitude est, en outre, l’une des seules œuvres de fiction abordant la fin des trente années du régime suhartiste, en mai 1998, renversé par la protestation populaire. Un mois auparavant, Wiji Thukul disparaissait. Le poète ne fut jamais retrouvé.

Film En Compétition
Solo, solitude
Yosep Anggi Noen
Indonésie
2016
98′