«Oppression et censure» sur le cinéma turc

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La censure s’est durcie en Turquie ces derniers mois. Une centaine de réalisateurs dénonce l’interventionnisme du gouvernement.

Censée avoir lieu du 4 au 10 novembre 2016, la septième édition du festival turc Malatya International Film a été subitement déprogrammée par les autorités. Sans explication, alors que les préparatifs étaient à un stade avancé. «La Turquie exerce un contrôle sur son cinéma, ce n’est pas nouveau. Mais les choses ont empiré depuis la tentative de putsch» des 15 et 16 juillet 2016, explique le réalisateur Kivanç Sezer, dont le long-métrage Les Ailes de mon Père fait partie de la sélection officielle de cette 38ème édition du F3C.

«Faire un film est difficile en Turquie. Il faut une subvention du ministère de la culture, à défaut de quoi il n’est pas possible de demander d’aides municipales ou régionales. Pour Les Ailes de mon Père, on a réussi à en avoir une, le film n’aurait pas pu voir le jour sans ça. On a eu de la chance car c’était il y a deux ans. À cette époque, il y avait encore quelques personnes dans le jury pour soutenir un bon projet, même engagé».

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Si la situation était un peu moins tendue qu’aujourd’hui, obtenir une subvention n’était pas gagné pour autant. «Dans le film, on critique le capital, le comportement des patrons». Pas le sujet favori du département du cinéma, une institution qui d’après lui n’est «pas objective». D’autres thèmes sont particulièrement compliqués à aborder : «La sexualité, la question des Kurdes et des Arméniens. Il y a beaucoup de tabous historiques».

En 2015, la compétition de l’Istanbul Film Festival a dû être annulée suite à la censure de Bakur, un documentaire de Çayan Demirel et Ertugrul Mavioglu qui traite de la guerilla menée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Pour protester, plusieurs réalisateurs de films sélectionnés ont retiré leur oeuvre de la compétition. Le monde du cinéma turc s’en est ému et suite à cet épisode, plus d’une centaine de réalisateurs ont signé une lettre ouverte dénonçant l’usage par le gouvernement de «l’oppression et de la censure». Pas de quoi lui faire changer de cap. Au contraire, la situation a empiré cette année.