Mahamat-Saleh Haroun, la star du cinéma africain

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Son dernier film, Hissein Habré, une tragédie tchadienne, était en sélection officielle en mai dernier à Cannes. Ce documentaire sur l’ancien président tchadien donne la parole aux victimes du «tyran», jugé pour crimes contre l’humanité à Dakar. Au Festival des 3 Continents, le cinéaste tchadien présente Grigris, son cinquième film.

Son premier film, Mahamat-Saleh Haroun l’a regardé à l’âge de 9 ans. A cet âge-là, dans la plupart des pays africains, on se soucie peu du nom de l’auteur. « Un film de Bollywood », se plaît-il à rappeler. De ce premier film « hindou », comme on dit au Tchad, le sourire d’une belle comédienne adressé à la caméra le bouleverse. « J’ai cru qu’il m’était destiné. Il a suffi d’un sourire pour que des désirs incommensurables se réveillent dans le cœur d’un petit Tchadien ».

Il réalise son premier court-métrage Tan Koul en 1991, mais c’est son second film Maral Tanié réalisé en 1994 qui le rendra célèbre. Ce dernier raconte l’histoire du mariage forcé de la jeune Halimé avec un homme d’une cinquantaine d’années. Contrainte par ses parents au mariage, la jeune femme se refuse à son mari. Il s’inspire des histoires de la jeunesse tchadienne butant en permanence sur une réalité sociale ne leur permettant pas de s’accomplir. Comme en témoigne Grigris : « Au cinéma de genre et au film noir vient ainsi s’ajouter un filtre documentaire : le portrait d’un jeune homme d’aujourd’hui dont le rêve est brisé car en Afrique, tout bon fils doit avant tout s’occuper de sa famille », confie Mahamat-Saleh Haroun.

Le réalisateur est un habitué des grandes compétitions. Son premier long métrage Bye Bye Africa, nommé à la Mostra de Venise, y obtient le prix du Meilleur premier film. Par la suite, il réalise en 2002 Abouna, notre père et en 2006 Daratt qui remporte le Prix spécial du jury au Festival de Venise de la même année et l’Étalon de bronze de Yennenga au Fespaco 2007.

En mai 2010, son long-métrage Un homme qui crie devient le premier film tchadien sélectionné en compétition officielle du Festival de Cannes et surtout à repartir avec le Prix du Jury. Pendant la projection de son film lors d’un festival, il est sensible aux gens qui ne tiennent pas en place. Le réalisateur ne revoit pas ses films ne supportant pas de voir ce qu’il « n’a pas pu complètement faire ».

Concernant la situation cinématographique de son pays, l’ancien journaliste de formation regrette l’absence d’une politique culturelle. Contrairement au Nigeria, qui fait figure d’exception en Afrique, celle du Tchad ne permet pas de soutenir la production cinématographique. Selon lui, faire du cinéma dans son pays s’avère complexe. Par conséquent, il prépare son premier tournage en France sur l’histoire d’un immigré africain, ouvrier dans une usine automobile observant la décadence de l’industrie.