L’exposition : Godard au Mozambique

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L’Espace Cosmopolis accueille une exposition consacrée au 300ème numéro des Cahiers du Cinéma. Réalisé par Jean-Luc Godard, il met en évidence l’articulation entre l’Afrique, le Portugal et la France.

1978. Jean-Luc Godard se rend au Mozambique, colonie portugaise tout juste indépendante. Arrivé à Maputo, il rencontre le réalisateur et ethnologue français Jean Rouch, ainsi que le réalisateur brésilo-mozambicain Ruy Guerra. Ils souhaitent participer ensemble au développement d’un cinéma en quête d’émancipation et à l’émergence d’une télévision nationale pour laquelle les vidéastes réaliseraient des images qui ne répondent à aucun critère connu. L’expérience ne sera pas concluante.
La relation qu’entretient le cinéma avec le continent africain est mise en avant cette année à travers l’exposition présentée à Cosmopolis. Elle est composée des reproductions du 300ème numéro de la revue emblématique des Cahiers du Cinéma, parue en Mai 1979. Le jeune réalisateur Jean-Luc Godard s’est vu attribuer le poste de rédacteur en chef à l’occasion de cette édition spéciale. Il s’est littéralement approprié cette revue à laquelle il a contribué par le passé en tant que critique, avant de devenir l’un des cinéastes représentatifs de la Nouvelle Vague.
La fin de cette décennie est véritablement associée à l’expérimentation vidéo. L’idée n’est pas d’implanter le modèle européen « mais vraiment d’inventer une télévision qui correspond à la réalité humaine, culturelle, sociologique sur les Mozambicains, dans leur grande diversité » confie Jérome Baron, directeur artistique du Festival des 3 Continents.
Ce numéro exceptionnel des Cahiers du Cinéma sera l’occasion pour Jean-Luc Godard d’établir un compte-rendu de son expérience mozambicaine, unique trace écrite de cette expédition. On (re)découvre son écriture lapidaire, parfois poétique, mais assurément authentique. Son témoignage prend la forme d’un « film-papier », un journal de bord illustré par de nombreuses photographies en noir et blanc. Derrière la sobriété de ce document se dégage une manière de mettre en abyme le cinéma imaginé par le réalisateur. « Il témoigne effectivement des difficultés, des questions que Godard se pose au moment où il s’agit d’accompagner et de former les mozambicains, de faire émerger ce qu’il appelle une naissance de l’image d’une nation ». Une initiative ambitieuse et avant-gardiste qui s’est terminée par un échec « la dimension expérimentale du projet avait tendance à effrayer le pouvoir ».
Le Festival des 3 Continents consacre également une rétrospective au cinéma mozambicain à travers une sélection de sept films, tous en lien avec l’avant et l’après décolonisation.

 

Crédit Photo: Sarah Gicquiaud