El limonero real, Mention spéciale du jury 2016

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Lors de la soirée de remise des Prix le 28 novembre 2016, la Mention spéciale du jury a été attribuée à l’Argentin Gustavo Fontàn pour El limonero real, adaptation du livre éponyme de Juan José Saer (1974). Deux jours plus tôt, espace Cosmopolis à Nantes, nous évoquions ce film d’art contemplatif avec son distributeur, Paolo Mazzola. Cerise sur le gâteau : une vidéoconférence improvisée avec le réalisateur.

« Gustavo est un homme intuitif. Ce n’est pas avec moi, mais avec lui qu’il faut parler de sensations ». Pablo Mazzola, collaborateur artistique et distributeur du film El limonero real présent au F3C, propose à l’équipe Preview de déranger Gustavo Fontàn à l’heure du café. Quatre heures de décalage horaire et 11 000 kilomètres nous séparent. Mais la conversation autour de l’allégorie de la mort au cinéma est d’une telle intensité que le producteur nous offre une séance par Skype avec Gustavo, effaçant ainsi nos doutes.

« Briser les frontières entre narration et poésie »

Pour ce diplômé en littérature à l’Université des arts de la capitale argentine, mêlant fiction et documentaire tout au long de sa carrière cinématographique, la lecture de Juan José Saer a provoqué « un avant et un après ». Fasciné par le mélange des genres poétiques et narratifs, le cinéaste a alors compris ce qui lui arrivait : son film mûrissait. Dans une famille de paysans marginalisés, vivant au bord du fleuve Paraná, un homme et une femme endeuillés par le décès de leur fils unique sont invités à fêter le nouvel an. C’est pour eux une épreuve de se confronter au bonheur des autres, ravivant l’absence et la tristesse. Tout en respectant la prose de l’auteur, le cinéaste a su créer son propre roman à l’écran.

Gustavo Fontan par skype car il était absent lors du Festival. C'est Pablo Mazolla qui a récupéré le prix.
Gustavo Fontan par skype car il était absent lors du Festival. C’est Pablo Mazzola qui a récupéré le prix.

 

Pendant quatre semaines, le tournage d’El limonero real s’est déroulé sur les rives du fleuve, aux abords du port de Colastiné dans la province de Santa Fé. Les conditions de tournage étaient rudes, avec des risques d’inondations en permanence. Les trois fermes ont été construites pour les besoins du film, juste à côté du fleuve, selon les vieilles techniques de fabrication de la région. L’eau a accompagné l’équipe pendant tout le tournage. « L’humidité et les moustiques aussi », ajoute Pablo Mazzola avec complicité. Quelques mois plus tard, le fleuve en crue a emporté les cabanes. « Toute l’équipe a pris conscience de ce sentiment de vulnérabilité qui nous avait accompagné pendant le temps que nous filmions », raconte le réalisateur. Le nouveau lauréat de la Mention spéciale du F3C espère à présent trouver en Europe un public sensible à son film empreint d’onirisme et de fantasmagorie.

Crédit Photo: Aurore Duplessis