Destruction babies Montgolfière d’argent

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Le F3C attribue sa Montgolfière d’Argent au jeune cinéaste japonais Tetsuya Mariko, pour son film uppercut Destruction babies. À l’instar de Funny Games de Michael Haneke ou Orange mécanique de Stanley Kubrick, la violence de Destructions babies y est volontairement gratuite, brutale et absurde. Son personnage, Taira, se lance dans un cogito de la violence : je cogne donc je suis, je cogne donc j’agis.

Après avoir remporté le Léopard d’or au Festival de Locarno cet été grâce à Destructions babies, le cinéaste japonais Tetsuya Mariko, qui a débuté sa carrière à l’âge de 20 ans avec son court-métrage L’Appartement de l’Extrême-Orient (2003), n’a depuis cessé de voir son travail récompensé. Destruction Babies évoque l’histoire de Taira, jeune adulte amateur de castagne, habitant la petite ville portuaire de Matsuyama. Pour fuir son quotidien de petit voyou, il traque la bagarre à chaque coin de rue. Juste « pour le fun ». L’orphelin fait la rencontre de celui qui sera son complice sur le chemin des 400 coups. La violence est un agir dans la vie de ces désabusés de l’époque.  « Mon ambition n’était pas d’atteindre la violence physique mais la violence sous toutes ses formes. Sociétale et médiatique, des formes que j’avais envie d’expérimenter, puisque la question fondamentale pour ce film était “Qu’est-ce que la violence ?” », expliquait le réalisateur après la projection de son film au Katorza.

La violence à tout prix, celui de la gratuité

Réponses qu’il trouve dans la ville de Matsuyama lors de ses recherches où il fait la rencontre d’un homme agressif au passé bagarreur. C’est dans cette même ville que chaque année se tiennent « les joutes de Kochi, un exutoire traditionnel » permettant à chaque participant d’évacuer violence et colère. « Ce sont ces deux points qui m’ont donné envie de réaliser le film », poursuit le jeune cinéaste. Mais en quittant sa ville d’origine, Taira l’anti-héros tourne le dos à la tradition pour en provoquer une autre. « Il y a cette opposition entre les bagarres dans la ville et cette joute traditionnelle », ajoute t-il à la question du paradoxe brutal entre une tradition socialement ancrée au Japon et un modernisme brutal et accéléré.

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Un mal-être inscrit dans un monde médiatisé et connecté dans lequel la violence est à portée de poings. « Quand j’étais adolescent les réseaux sociaux n’existaient pas. Et pendant mes recherches, je suis tombé sur des vidéos sur Internet dans lesquelles des gens se bagarraient. Beaucoup sortaient leur téléphone pour filmer. J’ai ressenti une certaine ébullition malgré moi », avoue Tetsuya Mariko. « Je voulais que le spectateur éprouve ce que j’avais ressenti lorsque j’ai commencé ce film ». Les thématiques de la violence et de l’errance chez les jeunes adultes s’entrevoyaient déjà dans Ierô Kiddo, son premier long-métrage. Le personnage de Tamura, viré de son job, y rêvait de boxe, entre colère et de frustration. Se dessinaient déjà les contours de son film coup de poing à la violence protéiforme. Dans Destruction Babies, Taira pourrait être ce boxeur désabusé et perdu, de retour dans sa petite ville portuaire.

Crédit Photo: Aurore Duplessis