Dansez! Chantez!: Le cinéma Indien ou l’art du mouvement

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Pour sa 38e édition, le Festival des 3 Continents lance le programme « Dansez! Chantez! » avec dix films traitant du rapport entre cinéma, danse et chant. Dans cette sélection, trois films indiens observent le rapport organique, humain et spirituel, du mouvement et du corps.

« Partant de leur appétence partagée pour le corps et le mouvement, la danse et le cinéma ont su nourrir des relations fécondes, inventives et souvent spectaculaires. Entrons dans la danse ! » cite Jérôme Baron dans la présentation de ce programme. Ces deux arts sont faits pour se rencontrer :  le cinéma met les images en mouvement alors que la danse, elle, mobilise les corps. Parmi la sélection annuelle, trois films indiens interpellent : Devdas, grande production bollywoodienne. Le salon de musique, drame de 1958 du réalisateur Satyajit Ray et L’œil au-dessus du puits, documentaire néerlandais de 1988. Si le genre et le style diffèrent, le sens donné à la danse reste le même. En rapport flagrant à la spiritualité, aux traditions culturelles et aux bonnes mœurs, elle se fait libératrice de la parole et des émotions.

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Le geste contre la censure

Caractéristiques du cinéma indien, la danse et le mouvement énoncent ce que la parole ne peut dire, évoquent ce qui ne peut être montré ouvertement. La danse défend l’art du corps et déjoue la censure très influente dans l’industrie cinématographique indienne. L’Inde d’aujourd’hui reste sur la retenue. Toute démonstration d’affection jugée trop explicite est proscrite. Dans Devdas, bien qu’il soit question d’un amour passionné entre les deux protagonistes,  le spectateur ne verra jamais de baiser. Offrir un bracelet, se cacher derrière un voile pour montrer sa gêne, tout est suggéré par la danse et le geste. Le cinéma de Mumbaï a su élever l’art de la suggestion jusqu’à des sommets. Les dialogues s’interrompent et le corps prend l’espace. Les chorégraphies accompagnées de chants, de musiques et souvent de tenues fabuleuses prennent vie pour exprimer l’amitié, les rapports amoureux, la honte ou le déshonneur.

Extrait de Devdas

La danse: un art, une tradition

Bharata Natyam, Kathak, Odissi, sont autant de danses que de traditions. L’art chorégraphique, présenté comme un rituel, devient un moyen d’évasion et de rêve. Essentiel, il renvoie à la prédominance de l’image dans la culture hindoue où le visuel est un moyen d’expression fort.

L’image remplace le verbe. Dans L’œil au-dessus du puits, le cinéaste Johan van der Keuken ne fait aucun commentaire. Il filme la vie et les rituels de transmission d’une communauté rurale indienne : la danse, le chant, les arts martiaux…

Admirée voire vénérée, la danse influence au-delà du cinéma, les existences indiennes. C’est une navigation permanente entre monde fantasmé d’images, de chants, de danses et la réalité.

Extrait dansé de Devdas